Image de soi, estime de soi, autocritique : comprendre pourquoi le regard sur soi devient si dur
Il arrive que l’on ressente un malaise dans son rapport à soi, sans toujours bien comprendre ce qui se joue.
On se juge beaucoup. On doute vite de soi. On retient plus facilement ce qui ne va pas que ce que l’on a réussi. Comme si, à l’intérieur, un projecteur venait éclairer surtout les erreurs, les maladresses ou les défauts, pendant que le reste restait davantage dans l’ombre.
Dans ces moments-là, plusieurs notions peuvent se mêler : l’image de soi, l’estime de soi et l’autocritique. On les confond souvent, alors qu’elles ne désignent pas tout à fait la même chose.
L’image de soi : la manière dont on se perçoit
L’image de soi renvoie à la manière dont une personne se voit : ses qualités, ses défauts, sa place, son apparence, sa manière d’être avec les autres.
Autrement dit, elle répond en partie à cette question :
“Quand je me regarde intérieurement, qu’est-ce que je vois ?”
On peut se la représenter comme un miroir intérieur. Mais ce miroir ne reflète pas toujours la réalité de manière juste. Il peut être déformé par l’histoire de la personne, par les regards qu’elle a reçus ou par l’habitude de se voir à travers ce qui manque.
Concrètement, cela peut se traduire ainsi : on reçoit trois retours positifs et une remarque plus nuancée, et c’est la remarque que l’on retient.
L’estime de soi : la valeur que l’on se donne
L’estime de soi renvoie moins à la manière dont on se voit qu’à la valeur que l’on se donne.
Elle touche à des questions comme :
“Est-ce que je me considère comme quelqu’un qui a de la valeur ?”
“Est-ce que je me sens légitime, même lorsque je ne suis pas parfaite ?”
On peut la représenter comme une balance intérieure. Chez certaines personnes, cette balance reste relativement stable. Chez d’autres, elle vacille très vite : un détail, une critique ou une imperfection suffisent à faire pencher le regard du côté de l’insuffisance.
C’est ce que l’on retrouve lorsqu’une personne réussit quelque chose d’important, mais n’arrive pas vraiment à s’en réjouir parce que toute son attention reste fixée sur ce qui n’a pas été parfait.
L’autocritique : la manière dont on se parle intérieurement
L’autocritique désigne la manière dont on se parle intérieurement, dont on se commente et dont on s’évalue.
Autrement dit, elle renvoie en partie à cette question :
“Comment est-ce que je me parle quand quelque chose ne va pas, ou quand j’ai le sentiment de ne pas avoir été à la hauteur ?”
Cette parole intérieure n’est pas toujours négative. Elle peut aussi aider à reconnaître ce que l’on a bien fait, à ajuster quelque chose ou à prendre du recul. Mais on parle souvent d’autocritique pour désigner plus précisément la part du discours intérieur qui juge, corrige ou dévalorise.
Elle peut prendre la forme de phrases très nettes :
“Tu aurais dû faire mieux.”
“Tu n’assures pas.”
“Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ?”
Mais elle peut aussi être plus diffuse, comme une voix off intérieure qui commente la scène en permanence. Après une conversation, elle revient sur la phrase maladroite. Après une réunion, elle s’attarde sur l’hésitation. Après une erreur, elle ne regarde plus que cela.
Elle devient douloureuse lorsqu’elle ne sert plus seulement à réfléchir, mais surtout à abîmer la relation à soi.
Comment l’image de soi, l’estime de soi et l’autocritique s’influencent
Ces trois dimensions sont liées.
Une autocritique fréquente et sévère peut peu à peu influencer l’image de soi : à force de se parler de manière dure, on finit par se voir surtout à travers ses défauts, ses erreurs ou ses manques.
Et lorsque cette image de soi devient plus négative, l’estime de soi se fragilise à son tour.
On ne pense plus seulement :
“J’ai raté quelque chose.”
On commence à ressentir :
“Je ne suis pas assez.”
C’est souvent ainsi qu’un cercle vicieux se met en place : une voix intérieure sévère nourrit une image de soi plus négative, qui fragilise ensuite l’estime de soi. Et plus l’estime de soi est fragilisée, plus l’autocritique prend facilement de place.
Quelques pistes pour mieux repérer ces mécanismes
Il est possible de commencer à repérer un peu mieux ce qui se joue intérieurement. Et ce repérage peut déjà constituer un premier pas vers davantage de lucidité, et parfois aussi vers une relation à soi plus apaisée.
Après une situation difficile, on peut par exemple se demander :
Sur quoi mon attention s’est-elle fixée en premier ?
Qu’est-ce que je suis en train de laisser dans l’ombre ?
Est-ce que cela remet en question seulement ce que j’ai fait, ou aussi la valeur que je me donne ?
Il peut aussi être utile d’écouter sa voix off intérieure :
Que dit-elle exactement ?
Et est-ce que je parlerais ainsi à quelqu’un que j’aime ou que je respecte ?
Parfois, ce premier mouvement d’observation ne change pas tout immédiatement. Mais il peut déjà aider à voir plus clairement la manière dont le regard sur soi se durcit.
Mieux comprendre pour commencer à se regarder autrement
Mettre des mots sur l’image de soi, l’estime de soi et l’autocritique ne suffit pas à transformer d’un coup le rapport à soi.
Mais comprendre permet souvent de sortir d’une forme de flou intérieur.
Nommer le miroir intérieur à travers lequel on se perçoit.
Reconnaître la fragilité de la balance intérieure.
Voir le projecteur qui éclaire surtout l’erreur.
Commencer à entendre la voix off intérieure pour ce qu’elle est, plutôt que comme une vérité absolue.
Cela ne fait pas disparaître immédiatement la dureté envers soi. Mais cela peut déjà aider à la repérer plus clairement, et à remettre un peu de nuance là où tout semblait aller de soi.